Contournement Est de Rouen : projet maintenu ou abandon de fait avant novembre 2027 ?
Contournement Est de Rouen : projet maintenu ou abandon de fait avant novembre 2027 ?
Le contournement Est de Rouen n’est pas officiellement abandonné, mais son avenir est très incertain. En avril et mai 2026, le rapport défavorable du Conseil d’orientation des infrastructures et le retrait de 205 millions d’euros par la Région Normandie ont fragilisé le projet d’autoroute A133-A134. L’échéance décisive reste la déclaration d’utilité publique, valable jusqu’en novembre 2027.
Le projet A133-A134 est-il encore maintenu ?
À ce stade, le contournement Est de Rouen existe toujours sur le plan administratif, mais il ne dispose plus du soutien politique et financier nécessaire pour avancer dans les conditions initialement prévues. Cette liaison autoroutière à péage de 41,5 kilomètres devait relier l’A28 au nord à l’A13 vers Paris, en évitant l’agglomération rouennaise par l’est.
En avril 2026, le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) a publié un rapport intitulé Grands projets, le temps des choix. Il juge le projet impossible à conduire en l’état, en raison de l’absence de consensus entre les collectivités, des difficultés de financement et des interrogations sur le modèle de concession autoroutière. Le COI ne prononce pas lui-même l’abandon du chantier, mais son avis pèse dans les arbitrages de l’État.
Le ministre des Transports Philippe Tabarot a conditionné toute poursuite à l’existence d’un consensus local. Or ce consensus n’existe pas. La Région Normandie s’est désengagée, la Métropole Rouen Normandie reste opposée au tracé et plusieurs élus demandent de privilégier le ferroviaire. Le Département de la Seine-Maritime maintient toutefois 42 millions d’euros inscrits pour le projet.
Le retrait de la Région change l’équation
En mai 2026, la Région Normandie a annoncé le retrait des 205 millions d’euros qu’elle prévoyait de consacrer au contournement. Ce désengagement n’annule pas juridiquement la déclaration d’utilité publique, mais il affaiblit fortement la crédibilité budgétaire de l’opération. Le coût total est estimé à 1 milliard d’euros TTC. Un projet de cette ampleur repose sur une participation coordonnée de l’État et des collectivités.
La situation se résume ainsi : le projet est en suspens et politiquement très fragilisé, sans décision formelle d’abandon. Pour les riverains comme pour les élus, la période qui mène à novembre 2027 est donc déterminante.
Une autoroute imaginée il y a 54 ans et toujours sans chantier
Le contournement Est apparaît dès 1972 dans les schémas d’aménagement. Il répond alors à un objectif classique : détourner une partie du trafic de transit, fluidifier les accès à Rouen et améliorer les liaisons routières entre la Normandie, l’Île-de-France et le nord du pays. Depuis, le dossier a connu plus d’un demi-siècle de révisions, de recours et de débats publics.
| Date | Étape marquante |
|---|---|
| 1972 | Première évocation du principe d’un contournement à l’est de Rouen. |
| 2017 | Obtention de la déclaration d’utilité publique, valable dix ans. |
| 2024 | Date de mise en service autrefois envisagée, sans qu’aucun chantier ne soit engagé. |
| Avril 2026 | Le COI estime le projet impossible à conduire en l’état. |
| Mai 2026 | La Région Normandie retire son financement de 205 millions d’euros. |
| Novembre 2027 | Expiration prévue de la déclaration d’utilité publique. |
Une DUP, ou déclaration d’utilité publique, permet à l’État de reconnaître l’intérêt général d’un projet et, si nécessaire, d’engager des procédures d’expropriation. Elle ne garantit ni le financement ni l’obtention automatique d’un permis de construire. Sa validité jusqu’en novembre 2027 crée une échéance administrative : si le projet ne redémarre pas avant cette date, il devra être repensé et relancé selon de nouvelles procédures.
Dans un dossier aussi ancien, l’incertitude a des effets concrets. Le tracé continue d’influencer les décisions d’habitat, de transmission agricole et d’investissement. Pour une exploitation ou une famille potentiellement concernée, attendre une décision peut signifier reporter une vente, la construction d’une grange, une plantation ou un projet de rénovation pendant plusieurs années.
Pourquoi le contournement Est divise autant
Les arguments des partisans : circulation et activité économique
Les soutiens du contournement, parmi lesquels le Département de la Seine-Maritime et des acteurs économiques, mettent en avant la saturation de certains axes autour de Rouen. Ils estiment qu’une liaison A28-A13 pourrait capter une partie du trafic de transit, réduire la congestion et renforcer l’attractivité logistique du territoire. Les prévisions évoquent 25 000 véhicules par jour sur cette nouvelle infrastructure.
Ils défendent aussi de meilleures connexions entre les pôles économiques normands. Dans cette perspective, le péage estimé à 5 euros, soit environ 1 euro tous les 8,3 kilomètres, contribuerait au financement d’une infrastructure dont le coût ne reposerait pas entièrement sur les contribuables.
Les opposants : terres agricoles, climat et effet de trafic
Le collectif Non à l’A133-A134, des élus de la Métropole Rouen Normandie, des associations environnementales et des riverains dénoncent au contraire un projet routier qu’ils jugent dépassé. Ils mettent en avant les 500 hectares de terres agricoles menacées, les expropriations possibles et les nuisances durables pour les communes traversées, notamment dans les secteurs de Saint-Aubin-Celloville et du Pays de Bray.
Les opposants contestent aussi le bénéfice climatique et routier annoncé. Selon les estimations utilisées dans le débat, le trafic sur les 41,5 kilomètres d’autoroute générerait 50 000 tonnes de CO2 par an. Ils redoutent un phénomène de trafic induit : une nouvelle capacité routière peut attirer de nouveaux déplacements, plutôt que simplement répartir ceux qui existent déjà.
Le classement du projet comme projet d’intérêt général majeur ajoute une autre source de tension. Ce statut l’exclut du périmètre de calcul du Zéro Artificialisation Nette (ZAN), un objectif destiné à limiter la consommation d’espaces naturels et agricoles. Pour ses détracteurs, cette exception révèle une contradiction entre les objectifs climatiques et la poursuite de grandes infrastructures routières.
Ce que cela implique concrètement pour les habitants
Pour les habitants de l’est de Rouen, l’absence de décision claire produit des effets immédiats. Les propriétaires et exploitants situés près du tracé restent confrontés à une incertitude foncière. Les communes doivent aussi composer avec des documents d’urbanisme, des projets d’aménagement et une mobilisation citoyenne qui évoluent au rythme des annonces politiques.
Le projet prévoyait 8 viaducs et 9 échangeurs. Il ne s’agit donc pas d’un simple axe éloigné des zones habitées. Ces équipements modifieraient les paysages, les accès locaux, les continuités écologiques et les circulations agricoles. Les riverains favorables espèrent une diminution du trafic de transit. Ceux qui s’y opposent craignent que les nuisances soient déplacées vers de nouveaux territoires.
Les alternatives mises en avant
Les élus et collectifs opposés à l’autoroute défendent en priorité le renforcement du ferroviaire et le développement d’un service express régional métropolitain, ou SERM. L’objectif est d’améliorer la fréquence, la fiabilité et l’interconnexion des trains, des cars et des mobilités du quotidien pour réduire la dépendance à la voiture individuelle.
Ces alternatives ne répondent pas exactement aux mêmes usages qu’une autoroute de transit, notamment pour certains flux de marchandises. Leur défense repose toutefois sur un choix d’investissement : consacrer les moyens publics aux réseaux existants, aux transports collectifs et à des solutions de fret moins émettrices plutôt qu’à une nouvelle concession routière.
Les repères à surveiller jusqu’en novembre 2027
L’actualité du contournement Est de Rouen se joue désormais moins sur un calendrier de travaux que sur des décisions politiques. Le premier indicateur sera la position de l’État après le rapport du COI et le retrait de la Région. Le second concernera l’évolution du financement : les 42 millions d’euros maintenus par le Département ne suffisent pas, à eux seuls, à relancer une opération évaluée à 1 milliard d’euros TTC.
Il faudra aussi suivre les prises de position de la Métropole Rouen Normandie, des communes concernées et des acteurs économiques. Enfin, novembre 2027 constitue la principale borne administrative. À l’expiration de la DUP, l’État devra soit avoir engagé une trajectoire crédible, soit laisser le projet évoluer vers un abandon de fait ou une refonte complète.
Pour suivre ce dossier, il est utile de croiser les annonces institutionnelles, les publications du collectif Non à l’A133-A134 et les fils d’actualité locale. Sur un projet où chaque déclaration peut modifier l’équilibre politique, il faut distinguer une intention, une ligne budgétaire et une décision exécutoire.
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